Une autre PAC pour sauver l'élevage

Une autre PAC pour sauver l'élevage

La compétitivité ne doit plus être le maître mot de la gestion de la PAC. Les discussions en cours semblent en apparance apporter du changement mais le fond du problème reste, car le marché reste la règle et les exceptions "prévues" restent floues. Sur ce sujet je partage l'opinion de mon collègue Patrick Le Hyaric qui s'est exprimé dans l'edito du journal La Terre sur la PAC.

Le salon de l’élevage qui se tenait en fin de semaine dernière à Clermont-Ferrand a, une nouvelle fois, montré une terrible distorsion.

D’un côté, le courage, la pugnacité, la volonté des éleveurs à produire mieux, à valoriser les territoires, à faire revivre, avec goût, des races ovines, bovines, chevalines pour enrichir de multiples manières les économies locales.

De l’autre, la terrible souffrance qu’endurent ces travailleurs de la terre à cause d’une rémunération très insuffisante de leur travail. Un éleveur gagne aujourd’hui en moyenne 10 000€ par an. Ce chiffre est à comparer avec la retraite du grand patron de Carrefour qui vendait la viande de ces mêmes éleveurs, à 500 000€ par an. Le kilogramme de viande est payé 2,90€ au producteur. Le consommateur l’achète 11,95€. Et la baisse des prix de la viande bovine ne provient pas d’un excédent de production, puisque notre pays est déficitaire de plus de 500 000 tonnes.

Elle n’est pas non plus due à la pression sur les prix à la consommation. Ceux-ci ont augmenté de 40% depuis 1997. Par contre, la part de la valeur ajoutée créée dans les chaînes alimentaires revenant aux producteurs diminue de plus de 1% chaque année depuis les années 2000. Bref. Il s’agit d’un pillage éhonté des résultats du travail.

C’est du vol organisé, toléré, voulu, dans le cadre d’un système où l’alimentation devient une marchandise et le travailleur de la terre un esclave des temps modernes, extracteurs de matière première, mis en concurrence avec d’autres producteurs par les instances nationales et l’Organisation mondiale du commerce et par les démantèlements successifs des piliers de la PAC.

Justement, en plein sommet de l’élevage, un premier document sur la future politique agricole commune sortait « incidemment » des bureaux de Bruxelles. En réalité, ce n’est que le 17 novembre que le commissaire à l’agriculture, Dacian Ciolos, fera sa proposition. Ce premier document est parsemé de bonnes intentions sur les missions de l’agriculture et des agriculteurs.

Cependant, il n’aborde par l’essentiel. Celui de la rémunération du travail agricole par des prix de base minimums intra-communautaires. En complément de ces prix, selon des critères d’emploi, d’environnement d’incitation au développement de producteurs déficitaires, des aides directes devraient être maintenues et ciblées en fonction de ces objectifs. Or, en pleine discussion sur cette nouvelle politique agricole commune, l’Union européenne prépare une ouverture de son  marché à l’importation de viandes des pays dits du Mercosul (Argentine, Brésil,..), produites dans des conditions différentes que dans le Massif Central ou ailleurs. Cette viande sera de plus en plus produite dans des ateliers industriels, n’ayant aucune des mesures sanitaires imposées dans l’Union européenne.

On peut parler à perte de vue de l’environnement. En vérité, on détruit l’agriculture paysanne et écologique ici, pour favoriser une agriculture industrielle qu’on importe de là-bas, à grand renfort de pétrole, tout en y laissant des paysans sans terre.

Que vaut, dans ces conditions, le projet émis dans le document, selon lequel on pourrait déclencher « une clause de perturbations » des marchés puisque la Commission participe elle-même à ces « perturbations » ? De même, il n’existe pas de système de régulation par le volume de la production. Le mot à la mode est devenu celui de « contractualisation ». Mais de quoi parle-t-on quand les éleveurs négocient avec seulement deux ou trois grands acheteurs et transformateurs, un français, un américain et un hollandais, qui concentrent tout entre leurs mains et qui pourront aller s’approvisionner ailleurs à partir des principes du « marché ouvert » du traité de Lisbonne ?

Ce document transpire en permanence du mot « compétitivité ». C’est toujours de la compétitivité économique dont il s’agit, jamais du bien-être humain. Même les aides compensatoires (ou deuxième pilier) du développement rural doivent être marquées du sceau de la « compétitivité ». Mieux, il est de plus en plus ouvertement envisagé de fondre le pilier développement rural avec ceux du fonds social et du développement régional. Une réduction des crédits serait donc en préparation. Pourtant, il suffirait que l’Union européenne décide d’une taxation de ses mouvements de capitaux de 0,05% pour doubler le budget européen. Un choix que la commission ne fait pas.

Les agriculteurs, les consommateurs, les élus locaux et régionaux, les parlementaires doivent s’emparer rapidement du contenu de ce projet et se faire entendre.

Créé avec l'aide de Drupal, un système de gestion de contenu "opensource"

Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche