Après l'arrestation de Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag et de plus d'une dizaine de députés du HDP : l'UE ne peut plus se taire

Après l'arrestation de Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag et de plus d'une dizaine de députés du HDP : l'UE ne peut plus se taire

Communiqué de presse 

Après l’arrestation de Gültan Kışanak et Firat Anli, les co-maires de Diyarbakir, mardi 25 Octobre dernier, nombreuses étaient les inquiétudes autour des députés du HDP.

Cette nuit, comme attendu malheureusement, les forces de polices ont arrêtées une douzaine de parlementaires du HDP, dont les deux co-présidents du parti, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag et le président du groupe parlementaire, Idris Baluken, au prétexte qu’ils avaient refusé de témoigner dans des dossiers liés à "la propagande terroriste". 

Alors que leur immunité parlementaire avait été levée collectivement le 8 Juin dernier (donc, avant la tentative de coup d'État), les parlementaires du HDP ont effectivement refusé de se rendre aux convocations qu'ils avaient reçues compte tenu des menaces judiciaires et des risques d’arrestation pesant sur eux. 

Le siège du HDP a par ailleurs été perquisitionné et le tout a été retransmis en direct sur la chaîne de télévision NTV alors que l’ensemble des réseaux sociaux, voire les connexions Internet, ont par ailleurs été coupées notamment dans  les principales villes de la région kurde de Turquie.

Depuis la mi-juillet, alors que tout le monde, en Turquie et ailleurs, a condamné la tentative de coup d'État, les arrestations et les limogeages se comptent par dizaines de milliers, frappant tous azimuts magistrats, journalistes, fonctionnaires, opposants politiques. Les militants kurdes payent un lourd tribut à cette répression aveugle : vingt-quatre co-maires ont déjà été suspendus de leurs fonctions et remplacés par des administrateurs proches du régime turc ; trente-trois autres ont été forcés de démissionner sans parler des arrestations de simples militants, voire sympathisants.

La situation dans les prisons est alarmante et les allégations de torture y sont de plus en plus nombreuses rappelant les périodes les plus sombres de l'Histoire de la Turquie.

La décapitation du HDP, 3ème force politique du pays, constitue une nouvelle étape dans la volonté de détruire toute opposition démocratique en Turquie.

La lutte contre le terrorisme est une nécessité mais nous savons toutes et tous comment elle est instrumentalisée en Turquie ; le Parlement européen et le Conseil de l'Europe l'ont à maintes reprises dénoncé et ce, avant même le 15 juillet.

La vague de répression qui s’abat en Turquie est sans précédent parmi les membres du Conseil de l'Europe.

La violence appelle la violence et la situation ne peut que dégénérer tout particulièrement dans le Sud Est de la Turquie.

Il n'est plus temps de tergiverser, de "manifester ses inquiétudes". Nous savons comment Recep Erdogan peut instrumentaliser les réactions de l'UE, tétanisée par la crainte d'une nouvelle vague de réfugié-e-s en provenance de Turquie. 

 Mais les responsables européens, tant au niveau des institutions européennes que des États membres, ne peuvent plus se taire car, par leur silence, ils laissent la voie libre à la dégénérescence de l’État de droit, abandonnent les progressistes et les démocrates de Turquie qui les appellent à l'aide et se rendent ainsi complices de la situation.

Bruxelles, le 04/11/2016

  

  

Marie-Christine Vergiat 

 

Co-présidente du groupe d’amitié kurde au Parlement Européen 

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Eurocitoyenne, le site internet de Marie-Christine Vergiat, Députée Européenne Front de Gauche